كُلُّ بَنِي آدَمَ خَطَّاءٌHadith rapporté par At-Tirmidhî · « Tout fils d’Adam commet des fautes »

Vous avez promis. Devant Allah, devant votre femme, ou seulement devant le miroir, à 3 h du matin. Et vous êtes revenu, parfois dès le lendemain.

Ce texte ne parle pas de volonté. Il parle d’un mécanisme que les psychologues des centres partenaires décrivent chaque semaine à des hommes qui se croyaient seuls.

Le comprendre ne guérit pas. Mais cela enlève la moitié de la honte, et la honte est ce qui fait revenir.

Le cerveau n’a pas entendu la promesse

Une promesse est une pensée. Elle vit dans la partie du cerveau qui réfléchit, planifie, prie. L’envie, elle, vit plus bas, dans un circuit plus ancien, celui qui a appris que le produit calme vite.

Ce circuit n’a pas assisté à votre promesse. Il a seulement retenu une chose : hier, à cette heure, dans cet endroit, avec cette émotion, la douleur s’est arrêtée. Quand l’heure, l’endroit ou l’émotion reviennent, il propose la même solution.

On appelle cela un déclencheur. Le mot est banal, ce qu’il désigne ne l’est pas. Une fatigue, une dispute, un vendredi soir vide, et l’envie est là avant que vous ayez pensé à quoi que ce soit.

Les déclencheurs les plus fréquents, d’après ce que lisent les accompagnants, tiennent en quatre mots : fatigue, solitude, colère, ennui. Un samedi soir en réunit souvent trois.

Ce qui se passe entre la promesse et la rechute

Le scénario est presque toujours le même. D’abord une période de calme, souvent deux ou trois semaines. On dort mieux, on prie à l’heure, on se croit sorti.

Puis une petite décision qui n’a l’air de rien. On garde le téléphone dans la chambre, juste ce soir. On passe devant le bar-tabac parce que c’est plus court, on regarde les cotes du match sans miser.

Les psychologues appellent ces petits pas des décisions apparemment sans importance. Elles ne sont pas la rechute. Elles en sont le chemin, et on le prend les yeux ouverts, en se disant qu’on est fort maintenant.

Enfin, l’effet de la première prise. Après un faux pas, la pensée arrive : tout est perdu, autant continuer. C’est cette pensée, plus que le faux pas lui-même, qui transforme une soirée en un mois.

Les psychologues ont un nom pour ce basculement : l’effet de violation de l’abstinence. Ce n’est pas le produit qui parle à ce moment-là. C’est la honte.

Ce qu’en dit Ibn al-Qayyim

Au XIVe siècle, Ibn al-Qayyim écrit Ad-Dâ’ wa ad-Dawâ’, La maladie et le remède. Le livre répond à une lettre. Un homme écrit qu’il n’arrive pas à se défaire d’une faute malgré ses efforts, et demande un remède.

Cette lettre a sept siècles. Elle pourrait être envoyée sur ce chat ce soir, mot pour mot.

Il n’y parle pas de dopamine. Mais il décrit un cœur qui s’habitue, une faute qui en appelle une autre, et un remède qui commence par le refus de désespérer. Sept siècles avant les centres de soin, le diagnostic est le même.

فَإِنَّ مَعَ الْعُسْرِ يُسْرًا ۝ إِنَّ مَعَ الْعُسْرِ يُسْرًا

« À côté de la difficulté est, certes, une facilité. À côté de la difficulté est, certes, une facilité. »

Sourate Ash-Sharh, 94 : 5-6

Le verset est répété deux fois. La facilité n’attend pas la fin de la difficulté, elle est à côté, en même temps. Pour quelqu’un qui vient de rechuter, cela veut dire que le jour 41 commence le même soir.

Ce qu’on fait de ce savoir

On arrête de compter les rechutes comme des échecs, et on commence à les lire. Chaque rechute a une heure, un lieu, une émotion juste avant. Écrits sur trois lignes, ils deviennent une carte.

On raccourcit le délai entre le faux pas et le premier message. Une heure, pas une semaine. L’accompagnant n’a pas besoin des détails, il a besoin de savoir que vous êtes encore là.

On repart du chiffre réel, pas de zéro. Dans le suivi, la rechute marque une perle, et la rangée continue. Les jours tenus avant ont existé, et le cerveau les a enregistrés autant que la chute.

Et on refait la promesse, plus petite. Pas « plus jamais ». Seulement : pas ce soir.

Le hadith rapporté par At-Tirmidhî ne dit pas que les meilleurs ne tombent jamais. Il dit que les meilleurs sont ceux qui reviennent. La différence entre les deux phrases, c’est toute la place qu’il vous reste.

Si vous lisez ceci après une rechute, le chat est ouvert. Personne ne vous demandera votre nom, ni combien de fois c’est arrivé.

Contenu relu par le prédicateur du centre. Les repères médicaux viennent des psychologues des centres partenaires et ne remplacent pas une consultation.

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